PHILIP LE ROY

La nouvelle révélation du thriller Français

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Pourquoi écrivez-vous des thrillers ?

Le thriller est le genre qui, par définition (thriller = qui donne des frissons), me fait le plus vibrer, en tant qu’auteur et en tant que lecteur. Je préfère le thriller au roman policier qui s’attache trop aux truands et aux policiers dont la rigidité psychologique, les motivations, le sens des valeurs ou de l’honneur ne m’intéressent pas. Je préfère le quidam, le « poisson hors de l’eau », qui va être la victime d’une sale machination ou bien, à l’autre bout de l’échelle, le héros hors normes confronté à une révélation inaccessible au commun des mortels.
Dans un thriller, c’est l’histoire qui prime, pas le contexte social, ni les états d’âme d’un personnage de fiction, ni la leçon de morale du narrateur.
Je préfère les auteurs enragés aux auteurs engagés.
Le thriller, c’est tout ce que j’aime au cinéma et en littérature : l’intrigue, la narration, l’action, la violence, la manipulation, le sens du détail ou de l’accessoire, les rebondissements, les sensations fortes. Il présente les choses de façon beaucoup plus attrayante pour le lecteur qui se retrouve embringué dans une aventure haletante. Et s’il y a un message à faire passer, il y gagnera en saveur et en impact.
Pour tout dire, je préfère Shakespeare à Molière, Hitchcock à Ken Loach, Thomas Harris à Michel Houellebecq.


Qu’est-ce qui est vrai ? Qu’est-ce qui est faux ?

Ce qui est vrai ce sont les rapports humains, le comportement des protagonistes, le contexte géopolitique et scientifique, les décors, les dialogues. Pour les personnages secondaires, je m’inspire parfois de personnes existantes. Dans Pour adultes seulement, par exemple, l’un d’eux a des points communs avec le champion du monde d’échecs Bobby Fisher, tandis que les deux héroïnes ont l’âge et la psyché de mes filles à l’époque. Dans Couverture dangereuse, le tueur à gages existe vraiment. Dans Le Dernier Testament, je rends hommage à un Français que j’ai connu à Manille. Dans La Dernière Arme, de nombreux personnages secondaires sont réels.
En fait, il n’y a que l’intrigue qui est totalement imaginaire.


La philosophie de Nathan Love est-elle la vôtre ?

Je vis avec ce personnage depuis 2002. Alors forcément, ses idées finissent par déteindre sur moi, tout comme les miennes ont influencé sa façon de penser.
Nathan Love pratique les arts martiaux depuis plus longtemps que moi et avec beaucoup plus d’assiduité. Suite à un drame qui changé sa vie, il a passé trois ans en ascèse ; la purification entreprise l’a conduit extrêmement loin sur la voie du budo et du zen qui mène au satori.
Mon karma est différent du sien, nous n’avons heureusement pas vécu les mêmes épreuves. Loin devant moi sur la Voie, Nathan Love est un phare auquel je me réfère parfois dans ma vie quotidienne.


Êtes-vous allé dans les pays traversés
par vos personnages ?


Indispensable pour en retranscrire les ambiances, les odeurs, les accents, les saveurs. Débarquer dans un pays étranger, c’est un choc de cultures et une rafale de sensations nouvelles que j’aime faire partager aux lecteurs. Mes souvenirs de voyages participent au dépaysement, au déconditionnement, aux troubles que je cherche à reproduire dans mes romans. En outre, il y a des choses que l’on ne peut pas inventer, comme les bas-fonds de Manille ou l’attaque d’un buffle par trois guépards dans la brousse tanzanienne.


Pourquoi y a-t-il du sexe dans vos romans ?

Le sexe est un besoin primaire, à la base de la pyramide de Maslow. Comme je préfère l’action à l’introspection, je décris plus volontiers le comportement de mes personnages que leurs états d’âme. La manière dont ils mangent, boivent, respirent, dorment, copulent et se défendent en dit davantage sur eux qu’une analyse psychologique. La littérature noire est asexuée. La plupart des polars ou des thrillers, nous donnent des descriptions détaillées des scènes de torture ou des présentations vestimentaires, mais les scènes de sexe relèvent du domaine de l’ellipse. À croire que personne ne sait mettre des mots sur une bonne baise. La censure jette davantage le voile sur une partie de jambes en l’air que sur un bain de sang. Du coup, je lève le voile.


Existe-t-il des projets d’adaptation cinématographique et quel serait pour vous le casting idéal ?

Mes romans circulent chez les producteurs. Comme l’adaptation nécessite un budget conséquent, cela prend du temps. Tourner dans plusieurs pays, filmer une scène de bataille dans le cercle arctique ou le crash d’un hélico dans Paris, ça coûte plus cher qu’un dialogue dans une cuisine. Mes romans sont déjà découpés et dialogués. On peut conserver l’axe dramatique principal ou tout chambouler, selon la vision du metteur scène, qui n’est plus la mienne. Il va proposer son point de vue, avec sa sensibilité, son talent et son art. Je peux servir de lien entre le roman et lui, mais son œuvre sera différente de mon livre. Je donnerai mon avis sur le casting car le choix des interprètes principaux est primordial. Nathan Love est un métis aux cheveux longs, d’origine navajo et japonaise, il ne peut donc pas être incarné par Bruce Willis ou Jean Reno. Je verrais bien Keanu Reeves, Christian Bale ou même un inconnu. Pour la mise en scène, l’idéal serait quelqu’un qui sache donner du sens aux scènes d’action et aux combats d’arts martiaux. John Woo ou Christopher Nolan par exemple.


Quels conseils donneriez-vous à un écrivain débutant ?

Maud Tabachnik, talentueuse auteur de thrillers, m’a dit un jour « Si ce que tu écris est bon, cela sera publié, tôt ou tard ». Au pire, à titre posthume. Donc si vous êtes bons, soyez patients. Telle pourrait être la première des quelques règles que je me suis fixées dans l’écriture. Des règles qui, comme en art martial, doivent être oubliées après avoir été assimilées.

1. Être patient.
L’écriture est un travail de longue haleine. Un bouquin ne s’écrit pas en trois semaines. Et plusieurs années s’écouleront entre le premier chapitre et le premier droit d’auteur.

2. Trouver le temps.
À moins d’être rentier, il faut tailler dans l’emploi du temps, au détriment du boulot, de la famille, des amis, des loisirs, des nuits, des week-ends, des vacances. C’est un choix. Que l’on n’a plus à faire quand l’écriture devient un métier à part entière.

3. Capter l’attention.
Accrocher le lecteur dès la première phrase. Entrer dans le vif du sujet. Être direct. Dire en peu de mots ce que j’ai dit en une page. Virer les adverbes, les description ampoulées, les clichés, les lieux communs. Adapter le style à l’action.

4. Écrire ce que j’ai envie de lire.
Le meilleur test est de se relire. Si je bâille, j’efface.

5. Laisser tomber le plan.
Et laisser faire les personnages.

6. Ce que je suis en train d’écrire vaut-il la peine d’être publié ?
Se poser constamment la question.

7. Ce que ce que je suis en train d’écrire sert-il l’intrigue ?
Se poser constamment la question.
Ne planter le décor, n’évoquer la météo ou ne se lancer dans un portrait que si c’est utile.

8. Montrer plutôt qu’expliquer.
Je n’aime pas la voix off qui commente ce que l’on voit.

9. Ecrire les dialogues comme s’ils étaient parlés.
Au besoin les relire à voix haute.

10. Avoir recours aux techniques du cinéma pour rendre la narration efficace.
Les outils sont nombreux : définition d’un enjeu et d’un objectif principaux, caractérisation des personnages, structuration du récit, montage, utilisation de procédés narratifs tels que le flash-back, l’ellipse, le suspense, la fausse piste…

11. Remplir la promesse faite aux lecteurs.
Promesse faite dans le titre, en quatrième de couverture ou au début du roman. Le dénouement doit être à la hauteur de la curiosité et de l’intérêt que l’on a éveillés chez le lecteur. Éviter de montrer une bombe au chapitre 1 si l’on a l’intention de faire sauter un pétard dans le dénouement.


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