PHILIP LE ROY

La nouvelle révélation du thriller Français

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Il y a autant de façons d’écrire que d’écrivains. Contrairement au cinéma qui exige du scénariste le respect d’un certain nombres de règles, la littérature n’a pas de lois. Sauf si l’on entre dans un genre, forcément codifié.
L’avantage du thriller, c’est qu’il contraint l’auteur à l'obligation de raconter une histoire. Le nombrilisme y est banni, l’humilité requise, le style insuffisant et la besogne indispensable. Après, chacun sa méthode. La mienne peut varier d’un livre à l’autre. Rien n’est établi à l’avance. À travers une brève auto-analyse, j’ai néanmoins essayé de retranscrire le processus créatif qui préside globalement à l’élaboration de mes romans.

Je commence par définir deux axes : thématique et dramatique.
L’axe thématique est insufflé par une situation, un événement, une information, un voyage, une réflexion que j’ai envie de développer. Pour exploiter le gisement, il faut que le sujet soit fertile. Et suffisamment stimulant pour passer deux ans dessus et pousser le lecteur à y consacrer des heures. C’est la phase de prospection où je me documente, j’apprends, je confronte mes connaissances et mon expérience à mes découvertes. Cet axe définit le mobile, le pourquoi de l’action. Au cours de l’écriture, il me renvoie constamment à cette question : « est-ce que ça vaut le coup d’en faire un livre? » Tant que la réponse est oui, je garde le cap. Pour ne pas m’en écarter, je le résume en une proposition thématique principale, à laquelle je fais parfois allusion dans mes épigraphes. Par exemple :

Pour adultes seulement : « Pour devenir un adulte, il faut tuer l’enfant qui est en nous. »
Couverture dangereuse : «En perdant tout ce qu’on a, on découvre qui on est. »
Le Dernier Testament : « L’illusion est plus puissante que la réalité. »
La Dernière Arme : « La destinée du monde n’est qu’une question d’argent ou de sexe. »

Simultanément, et parfois même en amont, je développe l’axe dramatique, c’est-à-dire le comment de l’histoire, l’action, l’objectif principal. Il peut également se résumer à une proposition qui contient l’intrigue:

Pour adultes seulement : « La fuite conduit à l’échec. »
Couverture dangereuse : «Un poisson hors de l’eau peut mordre celui qui l’a appâté. »
Le Dernier Testament : « À trop s’approcher de la vérité, on y laisse des plumes. »
La Dernière Arme : « Les charmes d’une femme peuvent prendre des places fortes. »

Ces axes, universels et contemporains, me permettent de proposer des éclairages sur l’état du monde : régimes de plus en plus policiers, agressivité des religions, banalisation du terrorisme, métamorphose des pouvoirs à l’échelle planétaire…

Quand je tiens mes axes et mon sujet, j’étoffe mes personnages principaux, je leur créé un passé, un profil psychologique.
J’écris alors le premier chapitre, qui doit happer le lecteur et l’inciter à ne plus lâcher le livre. Je confronte mes personnages à la situation de départ et je les laisse faire. À eux de se démerder. Je ne fais pas de plan, car j’ignore comment tout cela va s’articuler, au même titre que je ne sais pas lire l’avenir dans la vie réelle. C’est à partir de la situation initiale que se fabriquera l’intrigue et que progressera le thème.
Les personnages sont chargés de réagir et éventuellement d’élucider le mystère, mais pas moi. C’est bon pour la crédibilité, pour la spontanéité, pour le suspense. Cela aide les personnages à prendre vie, à faire des choses par eux-même, à changer aussi.
Si ce travail préalable a été bien fait, le roman s’écrit tout seul, l’action avance, les dialogues jaillissent naturellement, l'intrigue s’étoffe.
En cours d’écriture, j’essaie d’être honnête en parlant de ce que je sais de l’existence, des gens, du travail, de l’amour, de l’amitié, des pays étrangers, en puisant dans mon imagination et dans les références qui la nourrissent, en m’appuyant sur du vécu ou du connu. Le lecteur sait que l’histoire est inventée, mais il exige que les personnages agissent et s’expriment comme dans la réalité.

Il me faut en moyenne deux ans pour écrire un roman. J’écris de jour comme de nuit, je n’ai pas d’horaires fixes, ni de bunker pour bureau, ni de rituel particulier. Aucune journée ne ressemble à une autre. Mes outils de travail sont un ordinateur portable, une connexion ADSL et des carnets bourrés de notes saisies au vol. Je peux me mettre à mon clavier pour une demi-heure ou pour six heures. Il n’y a pas de règle.

En général, la première version fait plus de 1 000 pages. C’est la version 1. Avant de la proposer à mon éditeur, je coupe. C’est la phase de montage. Je soumets la v2 qui fait environ 70 % de la v1. Il peut parfois y avoir une v3 à la demande de l’éditeur qui veut gagner en rythme et en longueur. Cette ultime version correspond à la v2 moins 10%. Dans tous les cas, il s’agit d’un author’s cut. Car le thriller est une mécanique sophistiquée à laquelle on ne peut retirer de rouage sans en référer à l’auteur sous peine d’en menacer le fonctionnement.

Je terminerai ce chapitre avec une règle d’or simple que je garde toujours à l’esprit : écrire le roman que l’on adorerait lire.


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